Comment discerner sans se perdre ? (1) - Quand ceux en lesquels vous croyez vous trahissent...
Témoignage chrétien authentique sur le discernement, la souffrance et la reconstruction intérieure : se maintenir malgré la lucidité...
Bonjour Internet, que la gloire du Seigneur resplendisse !
Instant témoignage.
Il y a des questions qui résistent aux années, aux repositionnements, aux silences. Celle-là m'accompagne depuis longtemps : comment discerner sans se perdre ?
Pas sans souffrir. Pas sans douter. Pas sans se tromper. Sans se perdre. Parce que la souffrance et le doute, je les ai connus intimement. Ils reviennent parfois me hanter. Se tromper est ce qui fait de moi une humaine - Seul Dieu ne se trompe jamais. Mais perdre le fil de qui je suis — ça, non. Et j'ai mis du temps à comprendre pourquoi.
D'où je viens
Je sais d'où je viens. Ce n'est pas qu'une posture — c'est une certitude construite dans des faits que je n'ai jamais eu besoin d'embellir.
J'ai longtemps réfléchi à une manière de coucher tout ça sur papier, et je pense que le moment est venu. Pour guérir et me remettre définitivement du passé.
Mon père est décédé quand j'étais encore une adolescente, déjà séparé de ma mère depuis mes six ou sept ans. Je l'avais revu une seule fois en neuf ans — il m'a regardée comme si je n'étais pas son enfant et m'a remis 10 000 FCFA. Je suis la benjamine de ma mère, le seul enfant reconnu de mon père. À sa mort, son frère utérin prend le relais pour mes besoins : formation, allocation mensuelle, promesses. Il a fait ce qu'il a pu — ou voulu bien faire.
J'apprendrai des années plus tard, après m'être battue, après avoir été patiente, conciliante, bienveillante, tout ce qu'on peut demander à un être humain d'être — qu'un fonds de plusieurs dizaines de millions appartenant à mon défunt père avait été géré sans moi, loin de moi, sans jamais m'en revenir la moindre part. Les promesses étaient devenues du vent. Les opportunités, restées en suspens. Et moi, restée à Lomé, me demandant pourquoi je tournais en rond.
À cette même époque, je perds ma mère. Cancer du sang. Elle m'interdit — pour une raison qui m'échappe encore aujourd'hui — de leur dire qu'elle est malade.
Déjà petite, dès qu'on a pu, j'avais été enrôlée dans le catéchisme chrétien catholique. Et à un moment de ma vie, le Seigneur m'a visité. Je le sais, c'est tout, c'était Lui. C'est cette grâce qui m'a tenue au bord du précipice — et il y a un précipice, je le dis clairement — avec la conscience qu'il y a une grâce immense sur ma tête. Mais là n'est pas le sujet.
Le coup de grâce vient dans ma mi-vingtaine. Je me cherche. Je demande à une tante de m'héberger le temps d'une formation. Malgré son silence, je m'installe. Et quelques semaines plus tard, je suis convoquée à une réunion de famille pour être laminée — sur une sauce que tout le monde avait mangée. Une réunion dont le vrai objet était de nous rabaisser, une autre tante et moi, alors qu'on faisait tout ce qu'on pouvait pour avancer, sans aide, avec les armes dont on disposait. Être jugée sur sa sensibilité, son refus de céder, sa capacité à partir quand on ne se sent pas désirée... Ces moments-là m'ont coûté. Et paradoxalement, ils ont ouvert la voie à la femme que je suis devenue aujourd'hui.
Ce que ça fait à une âme
Je ne vais pas prétendre que ce parcours n'a rien coûté. Il a tout coûté.
J'ai perdu mon sourire bon enfant - je luttais déjà pour le maintenir. Une partie de mon empathie. La totalité de ma douceur verbale de femme, et sans doute bien plus encore (déconnexion, décrochage, dépression, renfermement et solitude sociale). Sans le faire exprès, je suis devenue extra lucide — décortiquant chaque geste, chaque langage corporel, analysant chaque mot et le faisant coïncider avec le non-verbal. J'ai réappris à aller droit au but, à faire l'effort d'arrêter de tourner autour du pot en marchant sur des œufs, quitte à me tirer une balle dans le pied. Ce qui fait que je n'aime pas les détours. Vraiment pas.
Sous la croix du salut, je sais que je manque de deux fruits de l'Esprit : la douceur et la patience. Mais qui m'en voudrait après tout ce cap ? Je prie constamment afin que Dieu secoure mon âme. La frustration m'a rendue égoïste — non pas que je sois incapable de penser à deux ; mais quand quelqu'un fait les choses tout seul tout en prétextant penser à deux, je le laisse seul. Je déteste les devinettes comportementales.
Et pourtant. Contre toute attente, la bonté de cœur — même apparente — est restée intacte, même sous une couche de frustration. Au lieu de briser mon ego et mon estime en moi, cette situation de départ m'a galvanisé. En moi, les jeunes filles de 12 ans, de 18 ans et de 25 ans réclament encore leurs dus. À chaque fois que je pointe du doigt, je regarde les 4 autres qui me rappellent ma part de responsabilité. J'ai gardé que tout le monde est faillible. Ce qui fait que j'esquive soigneusement les comportements hasardeux — en maintenant ma conscience de l'identité que je dois me forger sous le regard de Dieu. De sorte à ne pas me perdre. Du moins je l'espère.
Revenir aux fondamentaux
Alors, comment discerner sans se perdre ? À cette question, d'un point de vue personnel, je répondrais que j'y travaille encore, surtout à mon âge où les responsabilités et les pressions peuvent faire perdre la tête.
Ce que je sais par contre, c'est qu'on a besoin d'un système de support tant interne qu'externe. Le mien, c'est de revenir aux B-A-BA avec une série de questions :
- Est-ce que je suis créée à l'image de Dieu ?
- Quel est le plus grand des commandements et sa transcription directe ?
- Est-ce qu'il y a encore des hommes "bons" dans ce monde malgré la pourriture ?
- Comment ne pas devenir l'un des vecteurs des injustices que j'ai vécues — et que je continue de vivre ?
Et par-dessus tout, une prière : je demande à Dieu de sonder mon cœur, en lisant souvent, autant que possible, sa Parole.
ça, c'est moi.
Je n'ai ni de formule, ni de système tout fait, tout construit.
Ces questions sont pour moi un miroir en face duquel j'évalue tout de moi (état mental, conviction et foi, état émotionnel, caractère, etc.), et c'est en me les posant constamment, devant Sa face, que le discernement commence, que les actions peuvent coïncider aux réactions et qu'on peut avancer sans avoir l'impression d'être cinglée.
Ne pas se perdre, ça commence par savoir toujours vers Qui se tourner quand le monde se dérobe sous nos pieds.
Dans le même cheminement :
6) Dénaturés
9) Rédemption !
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