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DOGBO-ZAFI, le point de départ terrestre


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Témoignage chrétien : comment ma quête d'identité et de résolution de problème d'héritage m'a menée à déceler aujourd'hui l'identité véritable ancrée en Christ...


Bonjour Internet, 

Nos vies, par moments, sinon souvent, ressemblent à des couches d'oignons que nous devons enlever délicatement, une à une, afin d'atteindre le noyau, l'essentiel et l'important. Toute vie ici est spirituelle avant d'être physique, et les hommes ont tendance à susciter des mystères qui dépassent leurs pensées.

Aujourd'hui, Internet, je suis poussée à témoigner des origines de mon identité en Dieu. Je me suis souvent sentie seule et vide, et aujourd'hui, je pense que c'est quelque chose que Dieu a voulu pour empêcher d'être utilisée pour une destinée autre que la Sienne. 

La première chose que le chrétien s'acharne à garder, outre sa foi, c'est son identité en Christ, la connaissance et la manifestation de cette identité dans le monde.

I. Drôle d'origines

Née à Lomé, je viens d'un village appelé Dogbo.

C'est un nom que j'ai retenu longtemps. 
Pas d'image, pas d'odeur, pas de visages attachés à ce nom — juste un nom que mon tuteur prononçait parfois, et avec lui l'information qu'en tant qu'AGOSSOU, je suis issue d'une grande famille, une famille royale. Mon tuteur n'est pas AGOSSOU, mais il est d'une famille parentée.

Il me l'a dit souvent. 
J'étais issue de sang royal.

Je me souviens d'un couronnement — celui de mon père, chef coutumier, chef royal. 
J'étais trop petite pour comprendre ce que je voyais. 
Mais je me souviens d'un geste : on lui a coupé les ongles, on a pris quelques cheveux. Je ne savais pas encore que ces gestes avaient un nom, une fonction, une portée bien au-delà du protocole.

Ce que je savais de ma lignée, c'est qu'elle était grande et lointaine — un grand-père puissant et tyrannique selon les mémoires de ceux qui l'avaient connu, une famille royale et coutumière qui tenait le village depuis des générations. Une fierté bancale. La fierté de quelque chose qu'on n'a pas choisi et que l'on ne connaît pas vraiment.

Dogbo était absent de ma vie. Et j'étais, sans le savoir, absente de Dogbo.

II. Le divorce de mes parents et la protection spirituelle

À la séparation de mes parents, ma mère m'a récupérée. Et la première chose qu'elle a faite, c'est de me noyer dans sa foi.

Elle m'emmenait systématiquement à l'église. 
Elle insistait pour que je participe aux prières, me poussait vers la visite hebdomadaire au Saint-Sacrement. 
Je sais aujourd'hui qu'elle avait peur — peur des activités mystiques de mon père, peur de ce que je pouvais avoir absorbé sans le savoir. 

Je me souviens qu'un jour, enfant, je suis entrée dans la chambre de méditation de mon père. J'en suis ressortie indemne. Il s'est passé quelque chose dans cette pièce — je ne saurais dire quoi. Mais ma mère, elle, avait compris qu'il ne fallait pas blaguer avec le spirituel.

C'est à l'occasion de la première communion de jeunes de mon quartier que j'ai pris ma propre décision — toute petite que j'étais. Je me suis enrôlée dans le catéchisme. On peut dire que j'y suis allée à cause de la robe blanche. Mais quelque chose de plus profond se mettait en place, que je n'avais pas encore les mots pour nommer.

Ma mère était ma forteresse. Sa foi personnelle, profonde, était la base sur laquelle je construisais sans le savoir mes propres armes spirituelles. Jusqu'à sa mort, en 2010, elle a été mon château. Et quand ce château s'est écroulé, j'ai été laissée seule face à quelque chose dont j'allais prendre la mesure au fur et à mesure.

III. À la poursuite de la vérité : les biens matériels de mon père

À la mort de mon père, en 2005, j'avais entre quinze et dix-sept ans. Mon tuteur m'avait annoncé l'existence d'un héritage et promis qu'il me serait restitué à mes dix-huit ans. J'ai attendu. Pas par résignation, mais parce que je n'avais pas encore les moyens de comprendre ce que j'attendais vraiment.

Ce n'est qu'à ma mi-vingtaine que j'ai décidé de poursuivre activement. 
Terrain, maison, argent à Lomé — c'est ce que je savais. 

Ce que mon père possédait peut-être à Dogbo, je ne le savais pas. Et à vrai dire, Dogbo ne m'intéressait pas. Je ne pensais pas à mes origines, je ne les voulais pas dans ma vie. Elles étaient absentes, quasi inexistantes pour moi — jusqu'au moment où j'ai désiré me marier avec le père de mon fils. [Et là, brusquement, la question de la famille s'est imposée d'elle-même, comme elle s'impose toujours à un moment où l'on ne l'attend plus.]

Ma mère était déjà décédée quand j'ai engagé ce que j'appellerais la bataille rangée. Elle avait fait confiance à mon tuteur pour être responsable, et peut-être qu'elle avait raison de le faire. Mais sa mort en 2010 m'avait laissée seule face à quelque chose dont j'ai pris la mesure non pas d'un coup, mais au fur et à mesure que j'avançais.

Les obstacles portaient des visages connus — des membres de la famille paternelle qui avaient eu le temps de prendre position pendant que j'attendais sagement. 
J'ai attendu encore. 
J'ai écrit des courriers. 
Je suis allée à des sièges de banques. 
J'ai rencontré des gens. 
J'ai été rabrouée de part et d'autre. 
On m'a traitée d'ingrate. 

J'ai consulté un avocat, sans suite. 

Les années ont passé ainsi — non pas dans le désespoir, mais dans une ténacité que je ne m'expliquais pas encore, et dont je comprendrais plus tard qu'elle ne venait pas de moi seule.

Le cousin maire est entré dans ma vie à la fois parce que je l'avais cherché et parce qu'il est apparu. Les deux, simultanément. Sa visite à Lomé a finalement été à l'origine du voyage à Dogbo en 2023. La poursuite des biens de mon père m'avait conduite jusque-là — vers une réalité que je n'avais jamais cherché à regarder en face, et qui m'attendait.

IV. Les 48 heures

Quelque chose m'a parlé dès que mes pieds ont foulé Dogbo pour la première fois.

Pas une voix extérieure. Une voix intérieure — audible, quasi pressante, impossible à ignorer : "Quitte cet endroit."

Le village sentait la terre et le vieux. Il était bruyant, compact, sans frontières visibles entre les maisons — des constructions en argile et en pailles pour les plus anciennes, en ciment et en tôles pour les plus récentes, toutes reliées entre elles autour d'une rue principale comme des maillons d'une même chaîne. 
Pas d'intimité. 
Pas d'espaces vides. 
Une communauté qui existait comme un seul organisme, et dans laquelle je venais d'entrer.

Physiquement, émotionnellement, spirituellement — Je me sentais coupée du monde.

Le soir de mon arrivée et le lendemain, j'ai vu des sourires, des visages qui se détendaient. La fille du fils perdu était rentrée chez elle. J'ai vu du soulagement dans les yeux de ceux que je rencontrais pour la première fois. Et la minute d'après, quand j'ai soulevé la question pour laquelle j'étais venue — la succession, les biens, la vérité — les demandes ont commencé.

Compléter les cérémonies funéraires de mon père. 
Rencontrer un oncle prêtre vaudou, et deux autres que je ne connaissais pas. 
Visiter le mausolée.

Au mausolée, j'ai été guidée pour invoquer les ancêtres. 
J'ai vu, dans cet endroit, la véracité de ce qu'on m'avait dit sur l'importance de ma famille. 
J'ai senti le poids d'une lignée — royale, prêtresse, ancienne. 
Et aussi moderne, avec des personnages estimés, un capitaine, une commerçante, des noms de qualité. 

Et j'ai voulu partir immédiatement. 
Mais je me suis contenue. 
Pendant tout mon séjour, je me suis contenue.

Il y avait une panique en moi — douce, constante, mêlée à un sentiment de total dépaysement. 
Ce n'était pas ma place. 
Je le savais d'une certitude qui n'avait pas besoin d'être argumentée. 
Mon âme avait besoin d'être préservée, et quelque chose en moi — Quelqu'un en moi — n'avait pas cessé de me le rappeler depuis l'instant de mon arrivée.

J'ai fait des promesses. Ce genre de promesses que l'on fait quand on sent qu'il faut sortir vivante d'une situation, et que l'on n'a pas encore tous les outils spirituels pour faire autrement. Je les ai faites. Et je suis montée dans un taxi.

Le soulagement, en franchissant les limites du village, était physique.

Ces 48 heures ont été les plus alarmantes de toute ma vie. Non pas à cause d'un danger visible, mais à cause de ce que j'avais senti peser — l'invitation silencieuse à appartenir à quelque chose auquel je n'appartenais plus, peut-être depuis bien avant ma naissance.

Ces promesses, je les ai portées avec moi en rentrant à Lomé. Il a fallu du temps — et une rencontre avec Celui qui avait tout vu — pour qu'elles soient relevées et que j'en sois délivrée.

V. Ce que Dogbo m'a révélé

En rentrant à Lomé, j'ai mis du temps avant de trouver les mots pour ce que j'avais vu.

Ce que Dogbo m'a révélé, ce n'est pas une menace. C'est une réalité.

Ma famille est royale. Véritablement. Elle a son mausolée, ses ancêtres influents, ses rites qui structurent la vie du village depuis des générations. Le cousin qui m'a accueillie est aujourd'hui maire de la zone — l'autorité coutumière reconduite sous une forme administrative, comme si le pouvoir trouvait toujours sa façon de se perpétuer. Une tante, gardienne de la tradition. Des cousins et oncles prêtres vaudous. Une lignée entière organisée autour d'un rapport au monde spirituel que personne, là-bas, ne remet en question.

Je ne le dis pas avec mépris. Je ne l'ai jamais dit avec mépris.

Ce que j'ai vu à Dogbo, c'est une famille qui a cherché Dieu — à sa manière, avec les outils qu'elle avait, ou qu'on lui avait donnés. Mon propre père l'a cherché jusqu'à entrer dans une loge. Moi-même, à chaque prière que je pouvais dire, je demandais à marcher dans la Lumière — sans savoir encore vers qui cette demande montait, ni comment elle serait exaucée.

Ce que j'ai compris en revenant de Dogbo, c'est que ces personnes ne sont pas des ennemis. Ce sont des captifs. Des victimes d'une emprise que personne, parmi eux, n'a eu les ressources spirituelles de nommer, de questionner, et encore moins de quitter.

Selon la promesse que Dieu a faite à Abraham — que toutes les familles de la terre seraient bénies en lui — ma famille, les Agossou de Dogbo, a aussi sa part. Je ne sais pas jusqu'où ira leur délivrance, ni quelles en seront les répercussions. Mais je prie pour eux. Et quelque chose en moi croit que Dieu n'a pas attendu que je comprenne tout cela pour commencer à travailler.

Il travaillait déjà. Depuis bien avant Dogbo.

VI. Dogbo n'est qu'un instrument

Pendant longtemps, j'ai nié ces origines. Je ne me suis jamais sentie appartenir à une famille terrestre puissante et influente. Les Agossou de Dogbo sont une réalité lointaine, abstraite, protégée derrière des années de silence et de distance. Je n'ai jamais cherché à en revendiquer la grandeur. Je ne savais pas encore que cette distance était elle-même une protection.

J'ai su que j'appartenais à Dieu bien avant de savoir comment le dire — quelque part entre l'enfance et l'adolescence, dans ces moments où je priais pour marcher dans la Lumière, où j'avais souvent des crises existentielles d'identité à travers les questions : "Qui suis-je ? "; "D'où je viens ? "; "Pourquoi suis-je sur Terre ? ", sans connaître encore le nom de Celui qui recevait ces prières et était prêt à répondre à ces questions. 

Mais c'est le 27 janvier 2024, dans les eaux du baptême, que j'ai su que j'appartenais à Christ — de manière irréversible, officielle, scellée.

Ce jour-là, ce qui avait été lié à Dogbo a été délié. Les promesses faites au mausolée, dans la panique et l'empressement de ces 48 heures, ont été déposées devant le trône de gloire du Seigneur. Ce qui avait pesé a été enlevé.

Aujourd'hui, quand je regarde Dogbo — le village, la lignée, les Agossou — je vois un instrument. Pas une prison, pas un fardeau. Un instrument. Un point de départ terrestre, rien de plus. Ces origines m'ont conduite là où je devais aller : vers la question de mon identité, vers la réalité de ce que ma famille portait, et finalement vers la clarté de ce que je ne suis pas appelée à être.

Car ma maison n'est pas à Dogbo. Ma maison, c'est le Royaume de Dieu.

Je suis en mouvement. Je ne suis pas appelée à rester là d'où je viens physiquement. Et ce qui pourrait ressembler à une errance — une enfance sans père, une mère perdue trop tôt, des années de poursuite sans résolution, un voyage de 48 heures dans un village qui n'était pas le mien — n'en est pas une. Tout cela concourt. 

"Nous savons, du reste, que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son dessein." (Romains 8:28)

Ma destination est mon départ. Et ce départ, c'est le Royaume.


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