La phobie et l'euphorie autour de l'IA
Entre peur, réticence et euphorie, réflexion chrétienne sur la place de l'IA et le rapport à la spiritualité...
Nous sommes à un tournant où l'IA, déjà présente et incontournable dans notre quotidien, s'avance lentement, prudemment, mais sûrement vers un point de nos vies délaissé pour la plupart : notre spiritualité.
Dans l'objectif de relever cet aspect et d'ouvrir les yeux d'un grand nombre, cet article se propose d'évoquer la phobie et l'euphorie autour de cet instrument.
Depuis sa création il y a de cela plusieurs décennies, et sa démocratisation officielle en novembre 2022, un boulon s'est resserré dans mon cerveau.
I. Ce que j'ai craint : la phobie autour de l'IA
J'ai fait partie des premiers réticents à l'utilisation de ce que j'ai toujours considéré comme un outil, unissant ma voix à ceux des "donneurs d'alerte" et des "récalcitrants à la technologie" (avec toute ma considération et mon respect) qui avaient "prédit" l'extinction de certains métiers. Aujourd'hui, avec l'utilisation que j'en fais en regard de ma profession de foi et de la charge d'apporter la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu au monde - je suis chrétienne - mon regard, loin d'avoir changé, a quelque peu évolué.
Ma crainte, loin d'être irrationnelle, s'appuyait sur un constat réel, celui d'un outil capable de reproduire à grande vitesse des tâches jusque-là réservées à l'intelligence humaine, avec le risque de déplacement économique que cela suppose.
1) L'extinction des métiers, l'une des causes de phobie
Plusieurs voix se sont déjà confrontées à cette crainte : il y a peu, plus de 200 économistes, dont 16 prix Nobel, ont cosigné une lettre ouverte intitulée "We must Act Now" selon Clubic, avertissant que ce bouleversement pourrait transformer l'économie mondiale sur une période bien plus courte que ne l'avait fait la révolution industrielle, avec à la clé, des pertes d'emplois à grande échelle. Ce n'est donc plus seulement l'intuition des "récalcitrants": c'est un constat que, des experts qui doutaient encore il y a peu, ont fini par endosser eux-mêmes.
Mais là n'est pas le gros de mon sujet. Je pars de ce point pour aller vers la substitution spirituelle que suppose l'IA.
2) L'IA comme tremplin vers le divin : Ma phobie
Ma réticence a toujours porté sur la dimension spirituelle. La Parole de Dieu dit que beaucoup seront trompés, Daniel ayant reçu en vision ce que nous vivons aujourd'hui à notre ère. Et c'est là qu'une certaine vigilance, et non une phobie stérile et éphémère, se tient : la crainte légitime de la place sacrée qu'on pourrait la laisser prendre, jusqu'à en faire un vecteur de tromperie dans les derniers temps.
II. De la réticence à l'usage : mon parcours avec l'IA
Il fut un temps où je n'avais pas d'ordinateur, pas de plateforme d'expression, et quasiment aucun but tangible autre que de vivre, de travailler, de me constituer une certaine fortune, de me marier, d'avoir des enfants, de les faire grandir puis de prendre une hypothétique retraite et de mourir.
Puis, je me suis offerte l'un de mes premiers ordinateurs professionnels et opérationnels, j'ai reçu le Christ comme Seigneur et Sauveur, et j'ai découvert Blogger, qui me permet de professer ma foi tout en développant divers sujets sociétaux et existentiels. Et ce, avec l'appui de l'IA comme assistante éditoriale, designer graphique et "partenaire" de brainstorming.
J'écrivais déjà depuis plusieurs années, mais je m'étais souvent demandée comment illustrer mes oeuvres, sans m'imaginer que je ferais un jour partie des millions d'utilisateurs de l'IA.
Aujourd'hui, ChatGPT, Copilot, Claude AI, Poe, etc... m'offrent une plateforme dédiée à mes recherches, à la correction de ce que j'écris, à la création d'images pour mes textes et au traitement de l'information, en un temps record. À cela je dis : que l'Eternel bénisse les cerveaux qui ont découvert cette possibilité et l'ont rendu concrète.
III. L'IA comme outil : ni bon, ni mauvais en soi
L'IA n'est pas mauvaise en soi.
Je vois l'IA comme un couteau suisse : à capacité limitée ou exponentielle, réfléchissant plus vite que l'homme, elle demeure, à mes yeux, limitée à cause de ce que je sais du Saint-Esprit. En tant que Dieu, ce dernier est omnipotent, omniprésent, omniscient, capable de donner des détails d'évènements tant passés que présents - chose impossible à tout ce que l'intelligence humaine a créé. Tout ce que l'homme crée a une date de début et une date de fin.
Comme je l'ai déjà soulevé dans Christ et l'IA, l'intelligence artificielle n'a pas la capacité divine que veulent lui octroyer ses développeurs et leur désir soutenu de contrôle. La grâce, la compassion, la méditation, le recul spirituel, la prière, l'espérance au-delà de la mort, la communion fraternelle sont des valeurs chrétiennes que l'IA, quelle que soit sa forme, ne peut pas combler.
Une dépêche AFP d'octobre 2025, relayée par Sudouest, documente d'ailleurs comment l'IA s'invite déjà concrètement dans l'espace religieux: une application nommée "Text with Jesus" propose un Jésus virtuel, ainsi que d'autres figures marquantes du Nouveau Testament, qui répondent aux questions de plusieurs milliers d'abonnés payants - et ce n'est pas la seule initiative de ce genre.
Un responsable spirituel interrogé dans cette enquête le résume bien : une IA peut restituer une réponse nuancée sur des principes, des lois, des versets religieux, mais elle ne crée aucun lien émotionnel, puisqu'elle n'a pas d'émotions - la preuve en est que ces IA le disent elles-mêmes : leurs données dépendent de mises à jour, elles n'ont pas la capacité de croire ni d'entretenir une foi quelle qu'elle soit. Ce sont des outils. Et ces outils sont sur le point de franchir le cap de l'idolatrie humaine : l'imitation du sacré, sans jamais en porter la substance.
IV. L'euphorie autour de l'IA : quand l'outil devient idole
L'IA continue de nourrir une certaine euphorie. Au-delà de l'accessibilité, de la rapidité, d'une certaine cohérence, la plupart des utilisateurs "techniques" y voit une puissance développée par l'homme. Une puissance hors de la portée de Dieu, puisque pour ces penseurs, Dieu n'existe pas.
Je pense - je peux me tromper - que cette découverte est la résultante d'un trait caractéristique des "gros cerveaux" : un désir franc de marquer l'histoire de l'homme et de supplanter Dieu, typique de ce besoin humain de reconnaissance et d'adulation, alors qu'on n'est pas vraiment garant de son prochain réveil chaque jour que le Seigneur fait.
Il y en a donc qui donnent à cet outil une place qui n'est pas la sienne : celle de Dieu, comme le relaie la page Wikipédia consacrée au livre Les Prophètes de l'IA (2024) du journaliste Thibault Prévost. Le risque, au-delà de l'idolatrie flagrante, serait de laisser un outil répondre à des questions et prendre des responsabilités incombées à Dieu. Car même si la science aide à découvrir énormément de choses, elle comporte des limites que seule une intimité avec le Créateur suprême peut débloquer. Et cela est inévitable.
Cette idolâtrie n'est plus seulement une impression ou une supposition. Prévost, dans ce même livre Les Prophètes de l'IA, documente comment les grandes figures de la Silicon Valley — optimistes ou "catastrophistes" face à l'intelligence artificielle générale (AGI) — tiennent un discours ouvertement religieux, annonçant tour à tour le salut ou l'apocalypse. Il qualifie certaines de ces entreprises de véritables sectes techno-religieuses, portées par des courants comme le survivalisme, le long-termisme ou l'altruisme dit "efficace" — des mouvements que la chercheuse Timnit Gebru et le philosophe Émile Torres ont réunis sous l'acronyme TESCREAL.
Dans la même ligne, le média Challenges a récemment consacré un reportage à "Lighthaven", un ancien hôtel de Berkeley devenu le quartier général d'un mouvement qui se nomme lui-même les "Rationalistes" — un complexe où les vitraux et les statues côtoient les discussions sur l'avenir de l'intelligence artificielle. Un aumônier de Harvard y voit un fonctionnement typique des mouvements sectaires : détourner l'attention des problèmes réels du présent au profit d'un avenir fantasmé. Ce que je nomme idolâtrie depuis une lecture chrétienne, des observateurs sans aucune raison théologique de s'en inquiéter le nomment, eux, secte ou religion — chacun avec son vocabulaire, pour désigner le même déplacement. (Je pars du principe que le socle du christianisme est, au-delà de la foi en Jésus-Christ, Seigneur et Sauveur par la croix, une relation intime avec Lui.)
D'un point de vue personnel, je pense que nous revivons une sorte d'ère de la tour de Babel, où les hommes voulaient se donner une certaine gloire. Un danger renouvelé avec l'évocation, depuis quelques années, d'une version encore plus généralisée et intrusive de l'IA.
En effet, à l'orée 2026 - peut-être même avant, des rumeurs de développement de l'AGI (Artificial General Intelligence) ont commencé par circuler, à mesure que les grandes maisons tech élevaient cette version de l'intelligence artificielle au rang de "messie", nourrissant leurs croyances en la superintelligence. Des chercheurs en sciences sociales parlent d'ailleurs d'une véritable "sacralisation du numérique" selon ScienceDirect : à mesure que les sociétés occidentales se sont sécularisées, la technologie serait venue combler l'espace laissé vacant par le religieux, jusqu'à devenir elle-même un lieu de salut — certaines entreprises technologiques cultivant auprès de leurs employés une forme de "culte du travail" où l'on se sacrifie pour une mission qui dépasse l'individu, exactement la dynamique de désir de gloire décrite plus haut.
Récemment, avec le retour des questions sur la protection de la vie privée, le droit à la subjectivité, les garde-fous dans le domaine militaire, la gestion des données sensibles, le danger potentiel de l'extinction des métiers et la "chosification" de l'humain que suppose la globalisation de l'IA montrent que la perversion des systèmes de pensée au nom du progrès et de la science se fait de plus en plus perceptible.
Selon TechquityIndia, bon nombre pensent sincèrement déjà que l'IA a des capacités "spirituelles" - ce qui n'est qu'une grande déception venant de l'ennemi. Je me demande même si l'AGI n'est pas l'objet de mépris installé dans le temple de Jérusalem dans la vision de Daniel. [Livre de Daniel]
Au-delà de l'observation faite par des non-théologiens, l'alerte est également donnée par divers observateurs chrétiens, dont le pasteur Otha Turnbough des églises Lionheart, et le médecin Stella Emmanuel, qui avait sonné l'alarme sur le véritable objectif derrière le covid-19 et le confinement qui en avait découlé à partir de 2020.
V. Le discernement, un besoin plus que capital
Bref, voici mes réflexions quant à l'engouement et la crainte autour de l'IA. Quoiqu'il arrive, la peur ne doit pas être dans le camp des chrétiens, simplement, parce que le Seigneur ne sera jamais pris au dépourvu par les inventions humaines aussi puissantes soient-elles.
Depuis la tour de Babel jusqu'à l'IA en passant par la Révolution industrielle, chaque "menace" susceptible d'éloigner l'homme de Dieu trouve sa réponse dans la connaissance de l'Esprit de Dieu. Souvenons-nous que les brebis connaissent la voix du Berger, selon Jean 10:27. Le discernement est donc de mise afin de jauger la place de l'IA dans notre quotidien, les émotions que son utilisation suscite en nous ainsi que les intentions derrière chaque utilisation.
Sources : Wikipédia, Challenges, TechquityIndia, ScienceDirect, Clubic, Sudouest
Dans la même trajectoire :
8) Subtil
Découvrez les collections de Maison Sika ↓

Commentaires
Enregistrer un commentaire